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Statut : il faut sauver le soldat AFP !

 

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Par la voix de l’un de ses représentants au Conseil d’administration, l’Etat a "annoncé" que les jeux sont faits pour l’AFP. Le PDG est "mandaté" pour proposer un changement de statut qui doit notamment "doter l’Agence d’un actionnariat stable" et "conforter son rayonnement international et européen".

Dans le même temps, le retard d’un an dans la conclusion d’un nouveau contrat avec l’Etat - le fameux "COM" - nous prive pour la première fois en presque 20 ans de l’augmentation conventionnelle des abonnements qui assurent encore 41% de notre chiffre d’affaires. Soit, sur la base des chiffres de 2007 et de la hausse annuelle de 1,5% prévue par l’ancien contrat, un manque à gagner d’au moins 1,6 millions d’euros, alors que l’inflation a atteint 3,5% en 2008.

En clair, l’année en cours se solde déjà par une régression importante. Quant à 2009, le budget risque d’être dépassé par la chute de l’euro, les désabonnements, la récession, etc.

Il faudrait faire preuve d’un angélisme excessif pour croire qu’une telle situation ne soit due qu’à des facteurs techniques, et non pas à un désir de nous "punir". Voilà ce qui arrive, dans la France d’aujourd’hui, lorsque les journalistes ne sont pas assez prompts à rentrer dans le rang et à publier in extenso chaque communiqué du parti au pouvoir !

Paranoïa syndicale ? Comment oublier qu’au cours de l’année passée l’AFP a fait l’objet d’attaques sans précédent de la part du même pouvoir qui annonce aujourd’hui vouloir nous "moderniser" en cassant le statut qui assure notre indépendance - en tant qu’entreprise ni publique ni privée - depuis un demi siècle.

On ne peut pas non plus faire abstraction du contexte général. L’avenir de la presse écrite française se décide lors d’Etats-Généraux, qui ont été convoqués en "oubliant" d’inviter le Tiers-Etat, et la crise financière apporte chaque jour son lot d’annonces de sauvetage de grandes banques privées en "oubliant" les salariés.

Quant à la télévision publique, elle est face aux pires menaces en l’absence de recettes suffisantes pour compenser l’abolition de la publicité, avec en prime la perspective de voir son PDG nommé directement par l’Elysée. Si le pouvoir parvient à renforcer les grands groupes privés grâce à des concentrations contraires aux principes du pluralisme, quel sort réservera-t-il à l’AFP ? Quelle que soit l’hypothèse que l’on retienne, la casse de notre statut représenterait une menace de mort pour notre agence.

Une crédibilité menacée ?

Une modification de notre statut qui aboutirait à l’arrivée d’un grand actionnaire étatique - la Caisse des Dépôts, ou le futur "fonds souverain" appelé de ses voeux par le chef de l’Etat - ne risquerait-elle pas de faire ressurgir l’image d’une agence d’Etat ? Sans oublier qu’à l’instar de ce qui est prévu pour France Télévision, l’Elysée peut se mettre en tête de nommer directement notre PDG !

La crédibilité d’une entreprise médiatique se construit sur des années et peut être démolie en quelques mois. Il serait en effet catastrophique que l’AFP, dont le statut actuel est garanti par une loi du Parlement, autrement dit par le peuple français, soit perçue à l’avenir comme une officine du pouvoir éxecutif.

Non seulement il en serait fini de notre indépendance, mais des concurrents - à l’étranger et peut-être en France - ne tarderaient pas à tirer avantage de la situation. Dans de telles circonstances une réduction du périmètre de l’AFP risquerait de se traduire par un cercle vicieux : toujours moins de rayonnement, et toujours plus de contrôle étatique...

Agence France Privée ?

La perspective de voir arriver un ou plusieurs actionnaires ouvrirait bien évidemment la porte à une privatisation de l’AFP, issue souhaitée de manière explicite par le parlementaire UMP Claude Goasguen en mai dernier. (M. Goasguen a alors traité l’AFP d’"agence d’état", ce qui paraissait quelque peu contradictoire avec les déclarations d’un autre dirigeant UMP, Frédéric Lefèbvre, qui nous reprochait de ne pas publier les communiqués de son parti. Mais passons).

Dans un tel scénario l’agence serait transformée en société par actions vendue au plus offrant, ou plutôt à l’un de ces groupes médiatico-industriels dont les dirigeants se comptent parmi les "amis" de l’actuel chef de l’Etat. Il en serait fini de notre statut, et notamment de son Article deux, car l’AFP serait bel et bien tombée sous le contrôle, de droit et de fait "d’un groupement idéologique, politique ou économique."

On peut deviner les effets d’une telle privatisation pour les salariés. Un probable plan social, avec le départ des collaborateurs les plus anciens et donc les mieux payés, se traduirait par une aggravation encore plus forte des conditions de travail des plus jeunes, qui d’ailleurs sont d’ores et déjà soumis à des CDD à répétition intolérables et à une polyvalence accrue.

Quant à l’idée d’un "intéressement des salariés" par le biais de l’actionnariat : c’est de la poudre aux yeux. Pour nous, rien ne remplace un statut CDI avec un salaire et des conditions de travail conformes au droit du travail. Si la Direction souhaite accorder aux journalistes un élément de revenu indexé sur les résultats de l’entreprise, elle n’a qu’à reconnaître les droits d’auteur, déjà prévus par la loi !
 

AFP SA ?

Le statut actuel de l’agence présente au moins deux énormes avantages. Le premier est d’être inscrit dans une loi du Parlement. Le deuxième est de garantir que ni l’Etat ni des groupes privés ne puissent prendre le contrôle, "de droit ou de fait" de l’Agence.

Or, lorsque les pouvoirs publics parlent de nous doter d’un nouveau statut, on peut être certain que celui-ci ne sera plus inscrit dans une loi. Soucieux de se conformer aux préceptes du "tout privé" prônés par l’Union européenne, ils souhaiteraient voir une AFP banalisée, transformée en société anonyme. Dès lors, rien ne nous garantirait contre une privatisation qui pourrait même s’accompagner d’un éclatement en plusieurs entités. 
Rappelons-nous le sort de Gaz de France, dont un certain ministre de l’Economie avait juré qu’il ne serait jamais vendu au privé...

Pas touche à notre statut !

A ceux qui prétendent qu’une modification de la loi de 1957 serait essentielle pour assurer la rentabilité de l’AFP à l’avenir, nous opposons la déclaration suivante :

"Dès mon arrivée, j’ai précisé que je n’avais pas vocation à réformer les statuts de l’agence. Cela ne fait pas partie de mes préoccupations. Je note juste que les statuts de l’AFP n’ont pas empêché l’agence de vendre ses produits à l’international et à être probablement la première agence généraliste en Asie et au Moyen-Orient. En outre ces statuts sont sévères sur l’éthique et la déontologie journalistique, des valeurs plus que jamais indispensables dans le monde actuel de l’information de masse."

Il s’agit d’une déclaration de Pierre Louette dans Le Figaro le 19 juin 2006.

Rien en effet dans notre statut n’empêche l’agence de prospérer. Nos problèmes découlent du refus des principales parties prenantes de lui donner les moyens de vivre. A côté des milliards d’euros débloqués actuellement pour sauver certaines grandes entreprises financières, l’argent nécessaire pour permettre à l’AFP de sortir de sa crise est presque dérisoire.

Modernisation contre archaïsme ?

Que les promoteurs de la casse de notre statut la présentent comme une "modernisation" est un signe non pas de la force mais de la faiblesse de leurs idées. Nous n’avons qu’à regarder autour de nous en ce moment pour voir à quel point des idées présentées en leur temps comme "modernes" peuvent en fait mener tout droit à la catastrophe.

La politique pratiquée depuis quelques temps par la Direction de l’AFP illustre, par exemple, certains des pièges d’un discours irréfléchi en ce qui concerne la "révolution numérique".

Est-ce "moderne" de suivre aveuglément la dernière mode en lançant à grands frais et par le biais d’une filiale américaine des jeux exotiques et coûteux sur un site web dont la rentabilité est parfaitement illusoire ? (Projet "Newzwag/Facebook").

Est-ce vraiment "moderne" de sortir de notre métier de base pour "aller vers l’utilisateur final" sur Internet en misant sur des revenus publicitaires qui non seulement sont minuscules, mais qui mettent à mal notre indépendance et notre déontologie ?

Enfin, est-ce "moderne" d’envisager une réduction des effectifs et une compression des coûts salariaux précisément au moment où on cherche à transformer une activité qui, à cause des spécificités de la collecte et du traitement de l’information, nécessite une forte intervention humaine ? Rappelons que la philosophie même du COM est la marge pour mieux enfermer l’agence dans des considérations comptables.

En ce qui concerne un prétendu archaïsme syndical - argument qu’on voit hélas développé même par certains de nos camarades syndicalistes - permettez-nous d’en douter.

A nos yeux il n’y a rien de plus moderne que de défendre les salariés et l’avenir de son entreprise !

Défense du statut, défense des salariés

Le combat pour sauver l’AFP ne fait que commencer. Au cours des jours à venir le SNJ-CGT se concertera avec les autres syndicats afin de mener des actions non seulement en interne mais également à l’extérieur.

Il faut sauver le soldat AFP !

SNJ-CGT-AFP, le mercredi 29 octobre 2008